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Rami: l'espoir face aux préjugés

Portrait de Rami, bénéficiaire Kodiko, réalisé par Lucas Mounoury

  • Raconte nous ton départ de Syrie et les raisons de ton arrivée en France?

Avant la guerre en Syrie, honnêtement, j’avais toujours ce rêve d’étudier en France. Je suis arrivé avec un visa étudiant mais c’était un parcours d’asile parce que j’ai quitté le pays en courant. J’étais demandé par les services secrets, par l’armée. Du coup, j’ai dépensé beaucoup d’argent pour quitter le pays et poursuivre ma formation en informatique.

  • Quelles ont été tes principales difficultés lors de ton arrivée?

Les principales difficultés que j’ai rencontrées, ça a été la langue, mais aussi financières et sociales. Au niveau financier, j’avais plus de 26 ans donc pour les aides je n’avais pas de droit, sans filet de secours j’avais uniquement mon salaire en temps partiel. Aussi, la langue, c'était compliquée c’est une grammaire totalement différente. Je n’arrivais pas à bien parler, ni à écrire. Donc ça posait problème pas seulement au niveau des études mais aussi avec les gens. La première année je ne comprenais presque rien et les gens en général ne comprenaient pas ça.

Ce décalage se creuse d’autant plus que je n’ai pas les mêmes préoccupations que mes camarades. J’ai entendu plusieurs fois de la part d'élèves et de profs "mais pourquoi t’es venu en France? Qu’est ce que tu fais là?".

Ça me blessait mais je répondais vaguement sans détails. En fait en général, quelque chose qu’on a en commun avec les réfugiés, c’est qu’on ne sait pas ce qui nous attend lorsqu'on arrive. On a pas vraiment d’informations en arrivant que ce soit au niveau social ou économique. Moi j’ai eu un vrai "choc" .

  • Ce manque d’information a été un frein à ton intégration?

J'étais complètement perdu lors de mon arrivée. C’est des vies différentes, que l’on soit de Syrie ou d’Irak on ne vit pas la même chose qu’en France. On ne sait pas comment ça se passe: les démarches, comment vivre, la mentalité.

Il y a un manque d’information dont on souffre et qui joue pourtant un rôle crucial dans notre intégration. Pleins de réfugiés ont eu un choc entre ce qu’ils attendent et ce qu’ils vivent. 

Par exemple, comme je suis obligé de travailler, quand je cherche un job les gens essaient de profiter de moi. J’ai eu un emploi pendant deux mois, dans un restaurant qui m’a fait travailler sans contrat et m’a payé 50€/semaine. Alors que je travaillais 6h par jour sans jour de repos. Et je ne savais pas que ce n’était pas normal, je ne connaissais pas les lois. Je suis parti et j’ai retrouvé un emploi à temps partiel toujours dans la restauration.

  • Pour quelles raisons tu as participé au programme Kodiko?

En fait, j’ai fini par quitter mon école d’ingénieur à cause de soucis familiaux. Je suis passé en temps complet pour gagner plus. Mais voilà, le travail que je fais ce n’est pas ce que je voulais.

Le travail c’est très important, ce n’est pas qu’une question financière, c’est pour donner une valeur à ta vie. Mais il faut aimer ton travail et c’est bien ça mon problème.

C’est dans ce contexte que j’ai entendu parler de Kodiko sur FB. J'avais l’espoir de mieux me renseigner, savoir comment trouver un travail (dans mon domaine) parce que ça fait longtemps que je galère. Ça a été une expérience très riche. Le programme m’a aidé à avoir confiance en moi même. C’était très important, parce qu’avec le temps je me demandais si j’étais capable d’être ingénieur. Le fait d’arrêter l’école ça ne m’a pas aidé. Et puis en restauration, il y a le regard qui est difficile, celui des clients, des collègues et de l’administration aussi. Être accompagné par une grande société où j’ai passé des entretiens avec des recruteurs, ça m’a permis de réaliser que j’étais capable. Ça m’a aidé à mieux comprendre la mentalité de recrutement. C’est quelque chose de très précieux. J’ai dit (à ma binôme) que je pouvais commencer comme technicien avec un petit salaire pour pouvoir ensuite évoluer. Ce qui compte pour moi c’est vraiment mettre le pied dans une société mais malheureusement ma situation et mon statut ne m’aident pas. Lorsque je passe un entretien, je ressens encore cette barrière.

  • Malgré les apports du programme, ta situation n’a pas changé?

Actuellement, je suis toujours dans ce restaurant avec un contrat différent mais je cherche une formation en informatique payable par un employeur. Comme ça j’aurai un certificat et ça pourra peut-être m’aider à trouver parce que j’ai eu confirmation lors d’un entretien que les boîtes évitaient d’embaucher des étrangers avec des diplômes étrangers car ils ne peuvent pas vérifier les papiers. D'autant plus quand ils viennent de pays en guerre. Pareil lors d'un autre entretien, le recruteur m’a parlé de ma nationalité, il m’a dit qu’on avait peur d’embaucher des étrangers parce qu’ils étaient pas stables. Il m’a dit on peut pas vérifier tes compétences, on a pas envie d’embaucher quelqu'un qui après un mois ou deux mois va partir. Il y a une certaine méfiance.

  • Tu ressens cette méfiance vis-à-vis des réfugiés?Comment l’expliques-tu?

En fait, je remarque que pour les français il y a aussi un manque d’informations. J’ai pas mal d’amis français et j’entends ce qu’ils pensent. Ils pensent globalement que le réfugié est une personne pas éduquée, pauvre qui vient pour profiter. Comparé à la première année, c’est beaucoup plus difficile d’être réfugié maintenant.

Quand je cherche un appartement, si tu veux un exemple, et que les gens voient que je suis syriens, ils ont peurs. Même la dame qui accepte de me louer ma chambre m’a dit "j’ai peur". Après quand elle m’a vu on a cassé le mur et elle a vu que je n’étais pas dangereux. Ça vient surtout des médias qui donnent l’impression que les réfugiés sont une menace et aussi du manque d’information. Après je parle en général, il y a bien sûr des gens qui aident mais je vois ce regard qui augmente.

Le manque de renseignement isole les étrangers. Ça renforce le "gap" entre les français et les étrangers et ça renforce la pensée que les problèmes sont de notre faute. On nous voit comme des points faibles de la société. C’est quelque chose de très dangereux, et il y a un risque d’explosion sociale.

Il faut mieux comprendre pourquoi les gens fuient. Les réfugiés vivent une vie très difficile avec une histoire très lourdes, des sentiments très lourds que les gens ne peuvent pas savoir. On ne parle pas trop de notre vie mais c’est toujours là. Dans mon cas si la France ne m’ouvre pas ses portes, on peut dire que je suis mort. Et puis je pense qu’il faut faire un peu plus d’effort pour les réfugiés par pour eux mais aussi pour la France. Le réfugié c’est quelqu'un qui a choisi de vivre et pas de mourir. Et c’est quelqu'un qui a beaucoup de connaissances et d’espoir. Ils peuvent profiter de cet espoir, de ces connaissances derrière ces gens. Et puis pour moi la France c’est un pays de culture. Donc les gens qui viennent apprennent aussi une culture, c’est un mélange de culture la France, les deux profitent de l’autre, c’est un échange.

  • Quel regard portes-tu sur ton parcours mais aussi sur ton avenir?

Personnellement, je suis fier de ce que j’ai fait. Est-ce que c’était mieux de rester en Syrie? Je ne pense pas. De ces difficultés j’ai appris beaucoup de choses. Pendant 7 ans j’ai appris plus que pendant mes 27 ans. Maintenant, je veux trouver une certaine stabilité dans ma vie. Je n’ai pas envie de quitter la France, Honnêtement, j’aime bien la France, malgré tout j’ai reçu beaucoup d’aide de la part de français. Je veux vraiment trouver un travail que j’aime pour continuer ma vie et construire quelque chose ici.

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