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De la Syrie à la France : Une abnégation à toutes épreuves

Témoignage de Sarah, bénéficiaire Kodiko, par Lucas Mounoury

· Nos bénéficiaires

Le parcours de Sarah est représentatif des difficultés que les personnes étrangères rencontrent en France. Mais au-delà de cet aspect, il illustre surtout le courage et l’abnégation dont elle a dû faire preuve pour s’insérer dans la société française en général et dans la sphère professionnelle en particulier. Avant son départ en France, Sarah connaît une trajectoire exemplaire. Alors qu’elle suit une formation en droit dans une faculté syrienne, elle travaille en parallèle de ses études en tant qu’assistante universitaire où elle épaule ses professeurs. Son parcours universitaire irréprochable lui permet de décrocher une bourse pour poursuivre ses études à l’étranger. Sur les conseils de ses ami(e)s, elle décide de quitter la Syrie pour venir en France en 2011. Son ambition à l’heure du départ consiste à parfaire sa formation en France afin d'obtenir un poste d’enseignant dans une faculté en Syrie.

Mais lorsqu'elle arrive en France, Sarah éprouve certaines difficultés, en particulier avec la langue française. En Syrie, on lui disait qu’elle allait apprendre le français rapidement car elle serait dans l’obligation de le pratiquer. Or, deux mois après son arrivée, elle ne "parle toujours pas un mot de français". Elle essaie de rentrer directement en contact avec des familles françaises mais les différences culturelles freinent ses volontés d’insertion. D'autant plus que ses difficultés dans la maîtrise du français renforcent ce décalage culturel.

“J’étais stressée, déprimée parce que je n’arrivais pas à apprendre la langue”.

Loin de se démotiver, Sarah s’inscrit à l’Université Catholique d’Angers afin d’apprendre le français. La bourse qu’elle a obtenue lui permet de subvenir à ses besoins et de se consacrer pleinement à ses études. Cette mise à niveau lui permet d’obtenir en 2014 son Master et de s’inscrire en Doctorat dans cette même faculté. Mais en 2015, la situation géopolitique en Syrie empirant, Sarah voit sa bourse être suspendue tout comme ses chances de revenir dans son pays. C’est dans ce contexte que l’Etat français lui délivre une protection subsidiaire. Suite à la suspension de sa bourse, répondant non seulement à un impératif financier mais aussi à sa volonté de s’intégrer, elle se met à chercher du travail. Consciente des difficultés à trouver un travail en adéquation avec ses études en raison de son statut d’étranger, Sarah postule à des emplois sans qualification notamment dans la restauration rapide. C’est ainsi qu’elle trouve un job à Macdonald's où elle restera près d’un an.
Volontaire, elle fait "l’effort de se comporter selon les normes françaises" afin de s’insérer petit à petit dans la société dont elle pense avoir adopté assez vite les codes du travail. Cela résulte selon elle d’un travail d’observation et de remise en question régulier. Pourtant, malgré ses efforts elle continue à se sentir "vraiment étrangère et pas la bienvenue". Selon elle, "même si tu fais des efforts pour te rapprocher de la société et de la culture, tu te sens étranger…". Ce sentiment est renforcé par le déclassement qu’elle subit depuis son arrivée. Refroidie notamment par ses difficultés à trouver un logement où ses origines dérangent, elle n’ose pas postuler à des emplois en accord avec ses diplômes. Mais au bout d’un an, Sarah ne trouve plus de satisfaction à travailler dans la restauration, cela "l’ennuie" et les derniers mois sont très difficiles pour elle.

"Je n’ai pas fait mes études pour ça, je veux faire autre chose avec mon diplôme".

C’est donc en entendant parler de Kodiko sur une page Facebook dédiée aux réfugiés syriens, qu’elle décide de participer au programme dans l’optique de trouver un travail en adéquation avec ses compétences et ses aspirations. A son arrivée chez Kodiko, les encouragements qu’elle reçoit alors la marquent beaucoup. Elle a notamment été surprise par le fait qu’il existe en France des structures qui se préoccupent des personnes réfugiées notamment concernant la réinsertion professionnelle. La présence de Caroline Haddad, réfugiée syrienne, cheffe de projet chez Kodiko l’a largement inspirée. "Elle est comme un exemple pour les autres". A ses cotés, Sarah se dit qu’elle peut enfin s’en sortir et être soutenue par une association qui croit en elle.

"Kodiko m’a encouragé… et m’a donné plus confiance en moi".

En effet, les difficultés et le déclassement social que subissent les personnes réfugiées entachent presque systématiquement leur estime de soi. C’est pourquoi son parcours chez Kodiko lui a été bénéfique car elle a pu reprendre confiance en elle et orienter son parcours vers le social. En effet, de son emploi d’assistante de professeur à ses diverses activités bénévoles (à la CIMADE et au sein de l’association catholique d’Angers), Kodiko lui permis de valoriser ses expériences non seulement auprès de potentiels employeurs mais aussi à ses propres yeux.
Sa participation au programme l’amène également à rencontrer ses trinômes: Fanny et Emilie. Ces dernières, salariées volontaires, lui ont permis de formaliser ses compétences sur son CV. Leur relation renforce sa confiance en elle car elle est "gratifiante". L’échange prime et chaque partie prenante apporte et reçoit un savoir. Aujourd'hui en 5ème année de doctorat, Sarah rédige sa thèse sur la Charia, un sujet plutôt obscur en France. Au-delà de l’ouverture culturelle permise par ce genre de discussion, elle a le sentiment d’être perçue avant tout comme une individue à part entière et non comme une “simple étrangère”.

Un mois après son inscription à Kodiko, Sarah décroche un entretien d’embauche au sein d’une association qui vise à reloger les personnes les plus vulnérables, l’occasion de mettre en pratique les conseils prodigués par Kodiko. Forte de son expérience passée, elle ne reste pas longtemps chez Kodiko, mais son court passage lui aura été bénéfique. Elle quitte le programme après avoir obtenu un contrat dans cette association et y travaille maintenant en tant que juriste auprès des demandeur(se)s d’asile et dubliné(e)s. Pour Sarah, sa participation au programme, plus que de lui avoir transmis les codes du travail en France, lui a permis de prendre confiance en elle. En effet, si elle avait une certaine base grâce à son parcours, Kodiko lui a surtout permis de capitaliser sur son expérience et l’a conseillée sur la manière de le mettre en avant.
Cette opportunité l’a confortée dans son choix de travailler dans le social mais pas seulement en tant qu’intervenante juridique. Elle veut davantage de responsabilités et se sent désormais capable d’évoluer. Elle souhaite dorénavant continuer sa vie en France où elle affirme avoir gagné une certaine forme d’assurance et de liberté". Désormais en capacité de se projeter, ses prochains objectifs consiste à se stabiliser davantage professionnellement et à finir sa thèse.

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